Philosophie orientale

Présentation de la section philosophie orientale au travers du système philosophique du Yoga

Parmi les grands courants de la philosophie orientale se trouve le Yoga. Sous ce terme est regroupé un vaste ensemble de systèmes et de procédés psycho-physiques visant a développer en l’homme ses facultés latentes lui permettant de réaliser d’abord en lui, puis dans son environnement, un équilibre, une harmonie, et un accomplissement de soi.

La philosophie du yoga vise donc avant tout à définir quel est ce « soi » véritable et à le réaliser.

La faculté de discrimination s’associe alors à une ascèse précise et systématisée pour y aboutir. En premier lieu le yoga définit les bases de la nature humaine, en identifie les mécanismes et les fonctionnements, pour ensuite élaborer des moyens appropriés permettant de trouver la réalité fondamentale sous jacente aux variations de ces mécanismes. Lesquels sont fluctuants, à jamais changeant mais obéissant à des lois immuables.

A travers les siècles, les philosophes et sages indiens de l’antiquité jusqu’à nos jours ont identifiés ces lois, puis élaborer des systèmes de connaissance de ces lois et mis au point des techniques permettant de les maîtriser pour parfaire le développement de l’être humain et contribuer à son évolution. Vivekananda, sage indien de la fin du 19ème siècle qui a contribué a faire connaître le yoga à l’occident, a souligné que le yoga peut être considéré comme un moyen de comprimer notre évolution en une seule vie ou en quelques années, ou même en quelques mois d’existence corporelle.

Dans sa Synthèse des Yogas, le philosophe, yogi et sage indien Sri Aurobindo préfigure ce caractère évolutif car :

« Le yoga indien précisément, qui par essence est l’opération et la formulation particulière de certains grands pouvoir de la Nature, lui-même spécialisé, subdivisé et diversement formulé, est potentiellement l’un des éléments dynamiques de la vie future de l’humanité. »

La terminologie du mot yoga a pour origine la racine sanskrite YUJ- (joindre), dont la signification est ‘unir, union’. Pour le grammairien indien Panini qui a systématisé le sanskrit au VIème siècle avant notre ère « Cela qui unit est appelé yoga ». Il en donne trois définitions :

  • Union (samyoga).
  • Cohérence (sanyama).
  • Unification de l’individu avec la conscience universelle (samâdhi).

De toute les significations que revêt le mot Yoga dans la littérature indienne, la plus précise est celle qui a trait à la philosophie dénommée Yoga telle qu’elle est exposée dans les Yoga-Sutras de Patanjali. Le Yoga est un des six systèmes de philosophie de l’orthodoxie indienne. Ce qui est désigné par le mot yoga permet de distinguer toute technique d’ascèse et toute méthode de méditation visant à cet état d'union ou d'unité de l'être psychique avec la conscience suprême.

Le texte des Yogas Sûtras de Patanjali est considéré comme un yoga classique, et l’un des plus connus en occident. Patanjali a emprunté les éléments de la philosophie issue du Samkhya dont le contenu porte davantage sur la métaphysique pour y apporter un ensemble d’éléments d’ordre technique portant notamment sur la concentration (dhârana), la méditation (dhyana), et l’apaisement de l’esprit (samadhî) aboutissant à l’union avec la conscience suprême. Patanjali débute son exposé par cette définition du yoga :

« Le yoga est l’apaisement complet de toute activité mentale. »
yogash chitta-vritti-nirodhah

Cet apaisement complet de toute l’activité mentale est le préalable et la base de la pratique du yoga. En effet pour que l’être humain puisse trouver sa véritable nature, ce Soi authentique et immuable, il doit passer par un autre processus que celui du mental avec lequel il fonctionnement habituellement. Mircea Eliade dans son étude sur Patanjali et le yoga précise que :

« Pour le Yoga et le Samkhya toute expérience psychologique est produite par l’ignorance de la vrai nature du Soi. »

Dans les Yoga-Sutras, Patanjali déroule donc le fil (sutra) de cette démarche en stances synthétiques et explicatives de tous les moyens permettant d’aboutir à cette connaissance du Soi, à percevoir le Réel. Tel est l’essence du yoga. Sri Aurobindo dans La Synthèse des Yogas précise que :

« Par ce terme, en effet, nous entendons un effort méthodique de perfection de soi par le développement des potentialités latentes de notre être et par l’union de l’individu humain et de l’Existence universelle et transcendante que nous voyons partiellement s’exprimer dans l’homme et dans le cosmos. »

Et d’ajouter que :

« Toutes les méthodes groupées sous le nom commun « yoga » sont des procédés psychologiques spéciaux fondés sur une vérité établie de la Nature et qui font apparaître, à partir des fonctions normales, des pouvoirs et des résultats qui étaient toujours là, latents, mais que les mouvements ordinaires de la Nature ne manifestent pas facilement ni souvent. »

Utiliser et développer ces procédés psychologiques est ce sur quoi nous nous intéresserons pour que la pratique du yoga dans son essence puissent être vécue et expérimentée dans le contexte de la vie actuelle. Les procédés pratiques du yoga exposés et commentés par Patanjali dans ses Yoga-Sutras visent à déblayer ce qui peut faire obstacle à l’identification du Soi, à sa découverte. Les moyens utilisés incluent des processus de purifications et d’énergétisations du système physique par la pratique de postures (asanas) et de respirations (pranayamas). La libération de l’énergie permet de mieux clarifier la conscience et l’utilisation de cette énergie disponible permet de rediriger l’attention vers la nature essentielle de l’être. Les exercices respiratoires revêtent une importance particulière par le fait « qu’il existe toujours une liaison entre la respiration et les états mentaux » comme le souligne le philosophe de l’Inde médiévale Raja Bhoja, un commentateur majeur des Yoga-Sutras. Ce travail sur le souffle se retrouvent d’ailleurs dans différentes approches.

Le travail sur la discrimination des perceptions que l’on peut retrouver dans les écoles du Vedanta constitue aussi un moyen efficace pour aboutir à l’état de pure perception, qui donne la clarté nécessaire pour percevoir la nature fondamentale de l’être. Le Védânta est l’un des six systèmes de la philosophie indienne. Ce système est dérivé du « Livre de la Connaissance », dernière partie des Védas et s’appuie sur les Upanishads. La vérité secrète des Védas s’étant obscurcie et voilée à travers le temps, les penseurs védântiques s’efforcèrent de reformuler la vérité védique dans le langage de l’intuition. Le Védânta cherche la Vérité par la Connaissance, c'est-à-dire en utilisant essentiellement les facultés de discrimination pour parvenir à la libération du monde phénoménal en trouvant la réelle identité de l’être du « qui suis–je ? » en fin de compte.

Les Véda quant à eux, sont les écritures sacrées les plus anciennes de l’Inde, regroupées sous forme de récits symboliques, aux nombres de quatre. Ils expriment la connaissance des Rishi (sages et voyants) et « se proposaient, écrit Sri Aurobindo dans Le Secret du Veda, non de convaincre mais d’illuminer, et pour idéal, non l’exactitude du dialecticien mais l’inspiration du voyant ». Les Upanishads sont issues des Védas dont elles exposent la signification cachée. Ce sont des Ecritures sacrées de l’Inde qui forment une synthèse spirituelle après celle des Védas. Elles traduisent sous une forme intuitive l’illumination spirituelle des grands sages (rishis) des temps védiques. Le terme Upanishad signifie « connaissance intérieure ». Le philosophe allemand Arthur Schopenhauer lui-même introduisit la philosophie des Upanishad dans son œuvre, et contribua à en faire découvrir leur sagesse à l’Occident.

Le poète roumain Mihai Eminescu fut influencé par le travail d'Arthur Schopenhauer, et quelques-uns ont suggéré que son poème le plus connu, Luceafărul, est basé sur un travail allemand plus ancien ou sur la Katha Upanishad.

Riches de ressources dans les moyens que s’est donnée la philosophie orientale issue de l’Inde pour contribuer à l’accomplissement des potentialités humaines, soulignons la contribution du Tantra qui est une doctrine philosophique et une discipline spirituelle qui cherche à réaliser la nature divine de l’homme en se basant sur l’énergie, sur l’aspect énergie manifesté par la Réalité suprême, son Pouvoir conscient (shakti). Aux notions védântiques Purusha-Prakriti correspondent les notions Ishvara-Shakti du tantrisme. Chacune de ces notions représente respectivement la Conscience et la Nature Nri et Gna dans le Véda), et aussi le principe masculin et féminin dans l’univers. Le pratiquant du tantrisme, le shakta, reconnaît dans tout ce qui est manifesté la Mère universelle en tant que principe créateur absolu, la suprême Conscience créatrice qui est la source de toute l’énergie exprimée dans l’univers, à la fois manifesté et non-manifesté. Le shakta considère donc les forces, les énergies de la Nature comme étant des moyens pouvant être utilisés pour libérer les potentiels de l’être humain et lui permettre de réaliser sa vraie nature, accomplir en ce monde les plus hauts sommets de son Etre.

Nous conclurons cette brève incursion dans cette philosophie orientale qu’est le yoga avec Sri Aurobindo pour qui «L’utilité véritable du yoga, son objet complet, ne peuvent être atteints que quand le yoga conscient dans l’homme, de même que le yoga subconscient dans la Nature, coïncide extérieurement avec la vie, et que, une fois de plus, regardant à la fois le chemin et la réalisation, nous pouvons dire d’une façon plus parfaite et plus lumineuse :

« En vérité, la vie tout entière est un yoga. »
La Synthèse des Yogas

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